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Gog et Magog, Yajouj et Majouj : deux noms, deux chemins

En arabe
يَأْجُوج وَمَأْجُوج
Translittération
Yaʾjūj wa-Maʾjūj
Prononciation
ya-JOUJ wa ma-JOUJ, les deux j comme dans jour, la voyelle ou tenue longue ; en français, Gog se prononce comme la fin de vogue
Les graphies
Gog et Magog Yajouj Majouj Yajuj Majuj Ya'juj wa Ma'juj Yajooj Majooj Yâjûj et Mâjûj

Gog et Magog يَأْجُوج وَمَأْجُوج en français, Yajouj et Majouj en arabe : deux noms propres, et non deux mots de la langue courante. Les formes françaises et les formes arabes ne se ressemblent pas, parce qu'elles ne sont pas arrivées par le même chemin.

Cette page décrit les deux noms, leur écriture et leur transcription.

Un couple soudé, dans un ordre qui ne se renverse pas

Réunis, les deux noms viennent toujours dans le même ordre, Gog puis Magog. La linguistique appelle binôme figé un couple de mots reliés par une conjonction dont l'ordre est bloqué, comme sain et sauf ou corps et âme en français. Celui-ci a une particularité de plus : ses deux membres se répondent par le son.

Le second reprend le premier en n'en changeant qu'un morceau, procédé que l'on retrouve dans les formations françaises du type cahin-caha ou clopin-clopant.

L'assonance ne tombe pas au même endroit dans les deux langues

En arabe, les deux noms partagent leur fin, joûj, et se séparent sur la première syllabe : ya d'un côté, ma de l'autre. En français, c'est exactement l'inverse : Magog contient Gog en entier et lui ajoute une syllabe devant.

La rime est donc à droite dans une langue et à gauche dans l'autre, pour un même couple de noms. Ce déplacement se comprendrait mal si l'une des deux versions était la transcription de l'autre.

Deux noms que l'arabe traite comme des étrangers

Wiktionary ne rattache pas Yajouj à une racine arabe : il y voit une forme apparue avec le texte coranique, refaite sur l'hébreu Gôg avant de gagner le lexique général. La grammaire dit la même chose autrement. Le mot y est rangé parmi les diptotes, ces noms qui se déclinent à deux cas au lieu de trois, catégorie où l'arabe verse volontiers les noms propres venus d'ailleurs.

Cela se voit à l'œil nu dans le texte : aucune des deux occurrences ne porte de tanwin, ce redoublement de la voyelle finale que reçoivent les noms pleinement déclinables. La première ne porte qu'une fatha, la seconde qu'une damma.

Le français ne les tient pas de l'arabe

Le français tient ses deux formes du texte biblique, et Wiktionary les fait remonter à l'hébreu Gôg et Mâgôg. Le point curieux est que l'arabe remonte au même mot hébreu, par une autre route et avec un autre résultat. Deux branches sorties du même tronc : d'un côté Gog et Magog, deux syllabes sèches ; de l'autre Yajouj et Majouj, avec un y d'attaque et une longue finale que la branche occidentale n'a jamais connus.

Les deux séries de graphies circulent aujourd'hui côte à côte en français.

Le nom a d'ailleurs continué sa route hors des livres : deux statues de bois dressées dans le grand hall de la Guildhall de Londres portent les noms de Gog et Magog. Une ville du Québec s'appelle Magog, mais par un tout autre chemin : son nom abrège Memphrémagog, toponyme abénaquis qui ne doit rien à l'hébreu.

Yajouj, Yajuj, Ya'juj : ce que l'on tape

En arabe, le couple s'écrit d'un seul tenant avec sa conjonction au milieu, Yaʾjūj wa-Maʾjūj, où wa veut dire et. Des graphies françaises gardent ce wa sans le traduire, d'où Yajouj wa Majouj à côté de Yajouj et Majouj : celui qui tape la première forme écrit déjà et, sans le savoir. La syllabe finale s'écrit ou en transcription française, oo ou u en transcription anglaise, ce qui donne Yajouj, Yajooj et Yajuj pour un seul et même son.

L'apostrophe de Ya'juj note la hamza, un coup de glotte que le français ne possède pas et que les graphies sans apostrophe laissent tomber.

Deux références, et deux orthographes dans la même traduction

Les deux noms figurent à deux endroits du texte coranique : sourate 18, Al-Kahf, verset 94, et sourate 21, Al-Anbiyâ', verset 96. Les deux passages se lisent en arabe et en français dans l'application, qui embarque le texte et la traduction de Hamidullah. Or cette traduction n'écrit pas le nom de la même façon aux deux endroits : « Yâ jûj »

et « Mâ jûj » en deux mots au premier, « Yâjûj » et « Mâjûj » d'un seul tenant au second. Trois sourates d'écart, deux orthographes : l'hésitation de graphie n'est pas née sur le web, elle traverse aussi les traductions imprimées. Les autres mots arabes que l'on rencontre sans savoir les écrire ont leur page dans le lexique.

Où se vérifie ce qui est écrit ici

Chaque affirmation de cette page se contrôle dans les ouvrages ci-dessous. Une affirmation qui ne s'y vérifiait pas n'a pas été reformulée, elle a été retirée.

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